Pourquoi des "agences de notation" ?


La note " AAA" ne signifie pas "triple andouille" !
Il s’agit de la note que vise à obtenir les gouvernements pour
ne pas être déclarés en faillite et payer des taux d’intérêts ruineux.

Le meilleur moyen d’obtenir le triple A est de "baisser les dépenses"
c'est-à-dire couper à la tronçonneuse dans les budgets sociaux.

Mais pourquoi en est-on arrivé là ?
Définition
Une agence de notation est une institution chargée de la notation, contre rémunération, des collectivités (États…) ou des entreprises selon certains critères définis par une réglementation ou par les acteurs de marché.
Historiquement, les premières agences de notation sont: Fitch Ratings, Moody's et Standard'n'Poor's.
Leur indépendance a été mise en cause depuis l'affaire Enron et la crise financière de 2008.
Actualité 2011
Tunisie, Egypte : Les agences de notation n’apprécient pas les aspirations démocratiques !

Elles préfèrent les gouvernements autoritaires car plus stables.
Lundi 31 janvier:  l’agence Moody’s a dégradé la note souveraine de l’Égypte d’un cran, de Ba1 à Ba2, et pourrait l’abaisser à nouveau, transformant les obligations d’État égyptiennes en titres pourris.
L’agence estime qu’il existe "une forte possibilité que la politique budgétaire soit assouplie dans le cadre des efforts du gouvernement pour contenir le mécontentement "
Le 19 janvier la même agence avait dégradé la note de la Tunisie de Baa2 à Baa3 : s’inquiétant que la tournure des événements "affecte les recettes fiscales et la croissance en 2011" en Tunisie, Moody’s mettait en garde le pays contre " le prolongement d’une crise qui serait potentiellement dommageable pour l’économie du pays " ...


Rappel 2010

Après la tourmente financière grecque, les annonces des baisses de notation du Portugal et de l’Espagne ont à nouveau fait plonger les places financières européennes.
Dans le cas du Portugal c’est Standard'n'Poor’s qui a annoncé la dégradation de sa note, pays également confronté à des déficits publics colossaux et considéré par les marchés comme le prochain pays risquant une crise de confiance, à l’instar de la Grèce.
Définition de la notation selon Standard'n'Poor’s : " la notation est une opinion indépendante, objective, transparente et régulièrement mise à jour, sur la solvabilité d’un émetteur".
En français facile : entreprises, banques, ou collectivités désireuses d’emprunter, paient les agences de notation pour obtenir des notes qui rassureront, ou pas, les investisseurs.

Leur rôle s’est accru au fil des années et avec la complexification des marchés financiers.
Déjà au moment de l’éclatement de la bulle internet en 2000, on avait reproché aux agences des notes irréalistes et leur manque de réactivité. Avec la crise des "subprimes" ces mêmes notes sont pointées du doigt car de nombreux titres adossés à des crédits hypothécaires à risques, avaient pourtant bénéficié de notes élogieuses de la part des agences !
La crise a entraîne ruine et misères de millions de travailleurs (chômage, expropriations...)
Les agences de notations n'ont pas été affecté par cette crise.


Comment les Etats souverains ont-ils été amené à "être notés" comme des entreprises privées ?
Le processus s'est déroulé en plusieurs étapes :

15 août 1971 : dématérialisation totale de la monnaie.
Le président américain Richard Nixon, conseillé par George Shultz (qui sera plus tard le mentor des administrations Bush père et fils) supprime la libre-convertibilité du dollar en or. Ce découplage sera suivi de mesures de dérégulation des marchés permettant des spéculations de plus en plus énormes.

3 janvier 1973 : Loi Pompidou-Giscard d'Estaing par laquelle la Banque de France abandonne son rôle de service public.
Article 25 : "Le Trésor public ne peut plus présenter de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France"
La France est donc désormais obligée d’emprunter sur les marchés financiers internationaux  (en clair : s’endetter auprès de Wall Street) et de payer des intérêts colossaux (plusieurs centaines de milliards d’euros)

Mars 1973 : régime des changes internationaux flottants.
Il n'y a plus de contrepartie métallique à la monnaie émise, seulement de la dette. Les spéculateurs peuvent s'en donner à cœur joie avec des produits financiers dérivés, en particulier sur les taux de change entre monnaies (on parie plusieurs fois sa mise, avec un effet de levier, moyennant des informations obtenues sur les pressions politiques exercées sur telle ou telle devise d'Etat)

1987 : Alan Greenspan combat l'effondrement des bourses mondiales par l'émission pratiquement illimitée de monnaie-crédit en faveur des marchés.

1992 : Traité de Maastricht. Prélude à un euro découplé de l'autorité des Etats.
Abdication de fait des souverainetés nationales par privation des moyens de les exercer. Son article 104, § 1, interdit en effet à la BCE et aux banques centrales des Etats membres, ci après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

4 août 1993 : Loi Mitterrand-Balladur donnant son indépendance à la Banque de France.
Son article 3 lui interdit d'autoriser des découverts ou d'accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publique, de même que l'acquisition de titres de leur dette.

Juin 1997 : Jacques Cheminade et Christophe Lavernhe rédigent un plan de relance par le crédit productif, ou la nécessaire transformation de la monnaie en capital, expliquant comment les monnaies nationales sont prises en otage par les intérêts financiers depuis le renoncement de 1973 en France et le Traité de Maastricht à l'échelle européenne.
Rejet de la proposition d'avances par la banque de France au Trésor public pour un plan de relance économique, faite par un groupe parlementaire français, jugée contraire au Traité de Maastricht et au choix effectué en 1973.

12 mai 1998 : Loi Chirac-Jospin  intégrant la Banque de France au Système européen de banques centrales (SEBC) et à la BCE. Le Traité de Maastricht prévoyant déjà que "l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix" (pour info : depuis le passage à l'euro, le prix de la laitue a augmenté de 200%

1999 : vote aux Etats-Unis du Gramm-Leach-Bliley Act, qui annule le Glass-Steagall Act voté sous la présidence Roosevelt. Désormais il n'y a plus de séparation entre banques de dépôt et banques d'affaires, et les banques sont autorisées à fusionner avec des sociétés d'assurance. Chute de la « muraille de feu » prudentielle…

Mai 2005 : rejet du Traité constitutionnel européen qui, dans son article III-181, aurait " constitutionnalisé " l'article 104, § 1 du Traité de Maastricht.

2007-2008 : le Traité de Lisbonne reprend l'article 104, §1 du Traité de Maastricht !(article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne)


Liens :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_n°73-7_du_3_janvier_1973_sur_la_Banque_de_France